Réunir toutes sortes d’initiatives autour du DON, telle était l’ambition de la première

GRANDE FÊTE DU DON EN PAYS DE COLOMBEY

La table ronde à la Fête du Don

En fin d’après-midi de la fête du don, le « quartier de l’expression » s’est animé sous la conduite avisée de Michel Brunner. « Comment valorisons-nous le don, les talents de chacun ? Quelle société construisons- nous ? »

Pour témoigner et débattre, pas moins de sept acteurs de la solidarité dans le secteur.

Intro M Brunner :

LE DON Avant de rentrer dans le vif du sujet, et d’échanger sur les talents que l’on peut donner à l’autre, aux autres, il n’est pas inutile d’évoquer le don. Même si, aborder un tel sujet, c’est se lancer dans l’exploration d’un immense océan… Où l’on serait Installé dans une petite barque, avec une paire de rames pour tenter d’avancer !

Si vous le permettez, en guise d’introduction et avant d’aller plus avant, je vais prendre trois exemples, pour aborder ce sujet qui nous intéresse aujourd’hui.

Âgée de 96 ans, ma mère a la chance de vivre encore chez elle, dans la ferme familiale, dans ce petit village de Haute-Marne où j’ai vu le jour. A chaque fois qu’une personne entre dans sa cuisine, et juste après les salutations d’usage, ma mère dit toujours cette phrase à son ou ses visiteurs : « Mais qu’est-ce que je vais bien vous offrir ? » Une prodigalité nullement exceptionnelle… Dans nos campagnes, il existe un don social qui salue ainsi une visite, impromptue ou pas.

Deuxième exemple. Imaginons que vous avez joué au loto et que vous gagnez le gros lot. Imaginons toujours que le lendemain, vous assistiez à un office religieux pour remercier le ciel de sa bonté (oui, oui, certains pensent que le Dieu-argent existe !) et que vous donniez – ostensiblement- un billet de 100 €, voire même de 500 euros lors de la quête.

A l’évidence, c’est un don. Un don important sans doute… pour celui qui va découvrir le billet ! Mais ce don-là est-il, finalement, aussi généreux qu’un verre d’eau ou une tasse de café offerts à un visiteur ?

Troisième exemple. Quand un jeune Français, en son âme et conscience, part en Syrie pour rejoindre l’État islamique et offrir sa vie à une cause terroriste en tuant des innocents, est-ce vraiment un don ? Ne s’agit-il pas davantage d’une méconnaissance de la religion ? Et cet acte, cet engagement, ne relève-t-il pas plutôt de l’ignorance et d’une soif de violence (et peut-être même de vengeance) plutôt que de la conscience, de la connaissance ?

Cela n’a donc rien à voir avec un don. Mais pour le jeune homme en question, il s’agit sans doute d’une forme supérieure et divine du don. Mais le jeune homme se trompe. Pourquoi ? Parce que le don est d’abord et avant tout :

  • un acte généreux.
  • un acte positif.
  • un acte pacifique.

Certes, le don est protéiforme et peut prendre de multiples aspects. Nous venons de le dire, le don ne se mesure pas en terme qualitatif. Pas facile, en effet, de faire le distinguo entre un petit ou un grand don ! Normal. Parce que le don ne se mesure pas, il se vit !

Parce que le don n’a pas de valeur – au sens monétaire du terme, pour la bonne et simple raison que le don EST une valeur ! Une valeur qui évolue dans le même registre, dans le même univers que la compassion, la bienveillance, la tolérance, et bien évidemment, la générosité !

Tenter d’en cerner les limites, c’est un peu vouloir s’embarquer sur l’océan cité plus haut. Un océan immense, dont on ne verrait justement pas la limite…. Là-bas, tout là-bas, quand le bleu de la mer et celui de l’horizon ne font plus qu’un… Certes, la ou plutôt les définitions du Petit Larousse peuvent nous éclairer, mais pas forcément nous aider. Définition du don

  1. Action de donner quelque chose que l’on possède.
  2. Avantage reçu sans avoir rien fait pour l’obtenir.
  3. Aptitude innée ; talent. Ex : avoir un don pour les langues.
  4. Avoir le don de, réussir tout particulièrement à…Ex : il a le don de me mettre en colère ou…. J’ai le don de vous exaspérer avec mes litanies… !!!

Voilà des définitions nécessaires, mais pas suffisantes… Même si notre champ d’investigation, aujourd’hui,  concerne essentiellement l’action de donner quelque chose que l’on possède et non de nous interroger sur cette disposition que certains individus possèdent à leur naissance.

Mozart avait un don pour la musique, Léonard de Vinci avait un don pour la peinture et les inventions, Einstein avait un don pour les mathématiques et la physique… Eh bien tant mieux pour eux ! Mais ce n’est pas le sujet qui nous intéresse aujourd’hui ! Car nous avons suffisamment de matière, si je puis dire, avec le don vu à travers…. l’ACTION DE DONNER !

Pas un hasard, d’ailleurs, si à la fin du livre qui fait référence en la matière, ouvrage qui s’intitule ”L’esprit du don”, l’auteur, Jacques Gosbout, sociologue, chercheur et spécialiste du don, avoue son embarras au terme de plus de 300 pages. Ainsi écrit-il : « le don est toujours une histoire. Le don pousse involontairement vers un au-delà du don. C’est pourquoi on ne peut terminer un livre sur le don qu’avec une infinie modestie, en sachant que l’on n’a fait qu’ouvrir une brèche, que l’univers du don, est par définition, impossible à circonscrire, que l’on doit s’y soumettre et non prétendre le dominer, fut-ce par le seul intellect ». Vous avez vu, nous voilà bien avancés !!!

Alors, si je reviens sur le premier exemple évoqué au début, on peut dire que le don qui vise à remercier celui ou celle qui vous rend visite, est à la fois une marque de reconnaissance et un remerciement. Avec la volonté de montrer sa satisfaction. Tu me rends visite, tu m’apportes ton sourire, tu me fais partager un peu de ton temps, tu t’intéresses à moi…. je te fais don d’un verre d’eau, d’une tasse de café en remerciement. C’est le fameux don et contre don, cher au sociologue Marcel Mauss, auteur d’un ”Essai sur le don” publié en 1925 et qui fait toujours référence aujourd’hui. (Ma mère, comme bon nombre de personnes, cultive sans le savoir, cette formidable notion d’échanges).

Dans l’univers chrétien, mais je pense que cela sera abordé tout à l’heure pendant le débat, le don est une valeur cardinale. Je ne vais donc pas m’étendre sur un sujet que vous allez évoquer tout à loisir dans quelques instants. Mon propos visait simplement à élargir le champ de la réflexion, pour tenter d’en prendre toute la mesure.

Pour finir, avec l’humilité de celui qui est convaincu d’avoir avancé de quelques mètres sur un immense océan, je peux donc résumer cette petite introduction au débat : Action de donner, d’échanger ou de partager, le don est d’abord la reconnaissance de l’autre, ou des autres.

Ainsi, le don nourrit et alimente notre clairvoyance ! Il lève le voile qui recouvre notre ego pour nous re-situer, grain de sable parmi des grains de sable. Ainsi, le don est un outil fantastique pour favoriser le vivre-ensemble. Un outil plus que jamais utile et nécessaire dans notre société occidentale déboussolée, en quête de repères. Un outil pour redonner du souffle à des démocraties fatiguées et dont on voit bien, aujourd’hui, qu’elles ont besoin d’un nouveau socle, pour faire société ensemble.

Oui, le don est une vertu cardinale, qui s’accompagne, s’accommode et se nourrit d’autres vertus qui font parfois défaut dans notre monde d’aujourd’hui : je les ai citées, mais elles sont tellement belles, tellement nécessaires, que je n’hésite pas à les redire : la bienveillance, la compassion, la générosité, la tolérance, le respect de l’autre ! Toutes les cinq sont corrélées au don.

Cinq vertus qui forment la quintessence du don ! Cinq vertus qui nourrissent…. la Fraternité ! (Cette fraternité chère à Michel Dinet et qui serait heureux, aujourd’hui, de partager vos travaux).

Pour conclure, je livre à votre sagacité ces trois réflexions :

Premièrement, le don, c’est faire exister l’autre ! Cette évidence a surgi, s’est imposée à moi en rédigeant ces quelques lignes. Oui, le don, c’est faire exister l’autre, lui donner vie à nos yeux, reconnaître son existence, lui donner de la valeur… En même temps, faire exister l’autre, c’est ne pas avoir peur de la différence, c’est donner vie à l’altérité, donner du sens à la différence. Valeur cardinale s’il en est !

Ma seconde réflexion prend l’allure d’une maxime, puisqu’elle est issue d’un proverbe manouche : « Tout ce qui n’est pas donné est perdu ! » Oui, tout ce qui n’est pas donné est perdu !

Enfin, pour finir, la plus belle part du don, ne serait-elle pas….. le pardon ?

J’en termine sur cette interrogation et vous remercie de m’avoir écouté.

Et maintenant, comment valoriser les talents de chacun pour mieux vivre ensemble, comment les partager, de quelles façons… Parce qu’une chose est certaine, il y a beaucoup de talents dans cette salle, bien plus que vous ne le pensez !

Il y en a aussi sur l’estrade, parmi nos invités. Je leur donne la parole.

Comment valoriser le don ?

D’emblée, Pascal Kaci, maire de Saulxures-les-Vannes, a donné le ton, se référant d’ailleurs à Saint Paul : « les dons sont attribués au service des autres ». « Alors pourquoi ne pas devenir maire ? Donner ce qu’on m’a transmis, placer l’humain au centre de toutes mes décisions, aider les plus petits à s’épanouir, avancer ensemble en  alorisant les talents de chacun, construire une société d’union entre fragiles et forts, créer une dynamique de cohésion sociale et intergénérationnelle, tout cela se joue au plus près des gens ».

Agnès Marchand, conseillère départementale, a témoigné de tous les talents, les choses magnifiques, simples ou plus élaborées que les gens sont capables de faire, alors qu’au départ on a tous tendance à dire « Je ne sais rien faire ». C’est ainsi qu’elle a vu des gens très effacés prendre néanmoins des responsabilités associatives. Chacun dispose de capacités, de compétences. Mais on est souvent trop frileux par rapport à l’expression de ses talents. Il y a toujours quelque chose à partager.

Nicole Pierson, animatrice de la paroisse, a rappelé le sens de l’organisation de cette manifestation. Chacun a des talents à partager foi chrétienne nous pousse à l’exprimer davantage. Mais cela nécessite des efforts, de fédérer les talents, de mettre en valeur toutes les équipes. Quand on demande dès leur arrivée aux parents d’animer des temps de caté, ça paraît impossible, et pourtant on y arrive toujours. Osons appeler ensemble, mettons nous en route pour demander aux gens de s’engager. Quand on donne on reçoit beaucoup et quand on reçoit on a envie de donner encore.

Bertrand Deligny, directeur de l’entreprise d’insertion Relais, a d’abord fait remarquer que l’entreprise ne vit que par le don de vêtements usagers. 30 personnes, qui étaient toutes très éloignées de l’emploi ont ainsi pu révéler leurs talents, et vont petit à petit reprendre confiance en eux pour repartir dans la société.

Dominique Farci, fondateur et directeur du théâtre de Cristal, redis le plaisir de faire la fête ensemble sur ce trerritoire, ce pays où il se passe quelque chose de fond, malgré les différences. Si le théâtre de Cristal existe et continue depuis 25 ans, c’est grâce aux dons permanents de tous, les bénévoles, les acteurs, le public, le travail construit ensemble.

Michèle Pillot, présidente de Lorraine Niombato, tourisme solidaire au Sénégal. Cette initiative née il y a près de dix ans en pays de Colombey s’est construite dans la durée. L’engagement d’une centaine de familles, des bénévoles qui se mobilisent, de nombreux échanges. « La main qui donne est au-dessus de la main qui reçoit » dit le proverbe africain. C’est la noblesse du don. Mais la réciprocité est encore plus importante. Permettre aux gens de se connaitre, s’accepter, partager. Donner, c’est faire exister l’autre, mais aussi se faire exister soi-même et donc tous ensemble.

Beaudouin Rietzler, président de l’ESAT qui accueillait la fête, a rappelé les objectifs de ce centre hors du commun : le travail apte à redonner la dignité aux 65 personnes handicapées, que chacun se sente valorisé et utile, la mise en avant des capacités plus que des handicaps. Dégager du temps sur le travail pour prendre soin de chacun, valoriser chacun autour d’un projet de vie personnel.

Débat

Le débat a ensuite été ouvert autour de la question : comment faire enraciner une culture du don ?

Agnès Marchand a donné l’exemple de l’association Mobilités solidaires, et l’effet boule de neige que produit la rencontre entre conducteurs et personnes transportées. L’exemple cultivé, partagé, exprimé, peut essaimer et c’est un gage de pérennité de l’action. Nous savons faire beaucoup de choses mais n’avons pas assez le talent de le faire savoir, de le faire partager.

Nicole Pierson a précisé que c’est ce qui a motivé la proposition de la paroisse pour fête du don (issu des assemblées de village il y a deux ans)

Michel Brunner relance le débat en se demandant s’il n’y a pas le danger d’une course aux talents ? Comment éviter cet écueil ?

Pascal Kaci préconise déjà d’éviter de regarder les téléréalités qui ne valorise que les faux talents. Penser à la joie de donner plutôt qu’au plaisir de la consommation. Et malheureusement les medias ne mettent pas cela en avant. Nous devons tous faire passer ce message.

Michèle Pillot attire l’attention sur la différence entre la société du partage et le don dont la culture doit être diffusée. Les covoiturages et autres échanges de logements sont une bonne voie mais ils visent plus souvent le bénéfice individuel immédiat plutôt que le progrès collectif à long terme. Attention donc à ne pas enterrer ce qui a fait notre société : construire en collectif ce dont tous ont besoin.

Une représentante de France Bénévolat dit sa surprise de voir le nombre de jeunes qui disent : « on a envie de faire quelque chose ». C’est plutôt à nous de savoir les détecter et de les mobiliser. Exemple de Handisport qui prend des personnes, y compris des demandeurs d’asile qui accompagnent des handicapés à la piscine, puis se nouent des liens d’amitié.

Bernard Forin aborde la question du rapport avec le professionnalisme. Il faut aussi du professionnalisme. Ce sont ceux-là qui ont le pouvoir et sont tentés de le garder. Il y a besoin tant de professionnels que de bénévoles. Mais comment être des passeurs entre professionnels et bénévolats ?

Puis Michel Brunner propose d’ouvrir le débat sur la question d’actualité des flux migratoires.

Michèle Pillot exprime l’importance de permettre dans les autres pays un développement économique local, ce que permet le projet de Lorraine Niombato par exemple. C’est important d’aider les gens à travailler dans leur pays.

Dominique Farci dit son malaise sur cette question. Aider, ne pas laisser faire, mais comment faire ? Je peux accueillir des gens mais après comment font-ils pour vivre au quotidien ? Il faut se parler.

Agnès Marchand attire l’attention sur les personnes qui arrivent et qui ont besoin de ne pas être “ghettoïsées”, il faut les intégrer. Elle évoque également une autre branche de personnes accueillies en Meurthe-et-Moselle : les mineurs isolés étrangers. Accueillis par le conseil départemental par obligation de la loi, ils peuvent aussi l’être dans des familles volontaires.

Martine Huot Marchand précise les conditions d’accueil des réfugiés.

Bernard Colin alerte sur un manque dans le débat : d’accord pour aider, mais quelque chose me gêne : l’Allemagne accueille les plus formés… Attention à la question du retour, sinon comment on reconstruira les pays après la guerre si tous les gens formés sont partis ?

Conclusion

Le vicaire général et le député sont invités à conclure.

Jean Mickaël Munier, Vicaire général diocèse, aborde trois points :

Le Don :
Le christianisme est empreint de don. Dieu se révèle comme don. Emmanuel = Dieu avec nous. Le don est à la base de la révélation chrétienne, c’est l’ ADN du chrétien, même s’il n’en a pas l’exclusivité. De nombreux passages des évangiles le disent : « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ». Attention au risque de repli sur soi même. Mère Térésa disait un jour à un journaliste qui lui demandait ce qu’il fallait changer dans le monde pour le rendre meilleur : « vous et moi ! ».

Les Talents :
Outre la parabole des talents, il revient sur un évènement = Diaconia 2013, Lourdes et les réflexions engagées ici dans le diocèse. « Nul n’est trop pauvre pour n’avoir rien à donner, nul n’est trop riche pour n’avoir rien à recevoir ». Comme le préconise le CCFD, ne pas faire pour les gens (condescendance) mais faire avec eux. Il n’y a pas de petits ni de grands dons. C’est en considérant la personne comme un don que je peux entrer, en lien avec elle. Un jour, le pape François a dit « n’ayons pas peur de la tendresse de Dieu ». Sur le coup, je ne l’ai pas compris, je n’étais pas à l’aise avec cette expression. Quelque temps après, je suis venu à Colombey voir le spectacle des Amis du MRJC. Et quand ils m’ont pris dans leurs bras à la fin du spectacle, ils m’ont fait comprendre mieux qu’un théologien ce qu’est la tendresse de Dieu. Ils m’ont évangélisé !

Les Migrants :
Je ne suis peut-être pas bien placé car je pourrais accueillir du monde et je ne le fais pas, et les questions géopolitiques me dépassent. Mais je suis un peu écœuré de ce que je vois des réseaux sociaux et de certains « bons chrétiens ». Des gens même qui s’intéressent enfin des SDF parce qu’il y a des migrants !!! Un frère est un frère. Ils ont été victimes du non – don, ils ont besoin désormais de notre don. Le don des talents nous renvoie à l’écologie. L’encyclique Laudate Si : « Cette terre, la maison commune, nous a été donnée. On doit la rendre au moins dans l’état dans lequel on l’a reçue. On n’en est que gestionnaires ».

Dominique Potier, député.

Merci pour l’invitation, les témoignages étaient empreints de vérité. On a beau connaitre l’histoire on aime la redécouvrir

Les Migrants :

Deux points d’attention :

  • La relation entre paix et développement. Notre pays baisse son aide et ce sont d’autres forces qui sont à l’œuvre, favorisant le terrorisme. Peut-on encore baisser l’aide au développement ? Il a fallu attendre longtemps pour considérer la Méditerranée comme un chantier prometteur : l’Eurafrique. Il nous faut reconsidérer notre rapport à l’Afrique
  • La relation entre le pauvre ici dans la rue et le pauvre à l’autre bout du monde. Les deux sont liés et pas concurrents. C’est une hypocrisie que d’opposer les pauvretés.

Le Don :

Une première chose qui me vient est une phrase de l’évangile « si tu savais le don de Dieu ». Personne ne le sait, cela relève de la foi. Mais la seule manière de l’expérimenter est de la pratiquer.

La théologie de la libération mettait en avant la force historique des pauvres. Il y a une promesse dans cette expression qui rejoint une tradition très ancienne de notre civilisation. On n’est pas heureux d’être pauvre. Mais la pauvreté rend plus disponible pour recevoir le don.

Pour le politique que je suis, cette fête du don est pleine de promesses pour plusieurs raisons.

  • En vivant cette fête, il appartient au politique de mettre des limites entre ce qui a un prix et ce qui n’en a pas. Il y a une dérive de confondre marchand et pas marchand. Tout ne se marchande pas. Il y a des choses qui ne se monnaient pas. Exemple du travail du dimanche. Il faut un temps pour le cœur, pour la gratuité. Redécouvrir le don des héritages, la sagesse d’une journée de repos, du gratuit, du non marchand.
  • La question du lien entre justice et fraternité. Paul Ricoeur : qu’est- ce qu’une vie bonne : faite de justice mais en fraternité avec les autres. La justice sans fraternité n’est pas tenable et vice versa.
  • N’oublions pas que c’est au sein de la Résistance qu’est né notre système de solidarité. Il est aujourd’hui contesté par une idéologie qui oublie les mouvements du monde. Mais attention aussi à ne pas tomber dans une logique de ne mettre en avant que le dû, peut-être l’opposition au don ? A la frontière entre justice et fraternité, il y a le civisme. Il n’y a pas de droits sans devoirs, sans réciprocité.

Il faut aussi prendre en compte le Don dans le temps, la gratitude. Exprimons notre bonheur d’être héritier de tous les combats passés. Sinon nous devenons une génération déshéritée. Retrouvons la fierté de l’héritage. « L’éthique c’est ce qui guide notre action lorsqu’on ne nous regarde pas ».

Abel dit : « L’éthique, c’est souvent le fanion qu’on met en haut du mat pour la faire voir. Mettons-la plutôt discrètement comme le gouvernail sous le bateau, mais pour qu’elle nous guide ».

Michel Brunner clôt la table ronde en faisant référence à l’ouvrage « Plaidoyer pour la fraternité » et à la proposition d’inverser le triptyque républicain en « Fraternité Liberté Egalité ». Il cite enfin l’Abbé Pierre, « Vivons comme des frères sinon nous vivrons comme des fous ».

Les textes de la messe du dimanche matin

Partage : Le don et le peuple

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Intervenant 3   Intervenant 4
(Echange inspiré de Jean Debruynne)


En ce temps-là, la foule était sortie :
En ce temps-là c’était hier, en ce temps-ci,
C’est aujourd’hui parce que Dieu a décidé de s’entretenir avec nous comme avec des amis !
Mais qu’est-ce qui a donc poussé la foule à sortir ?
Quel est donc ce besoin qui la tire au dehors ?
Le besoin d’être guérie de toutes sortes de maux ?
Besoin de retrouver espoir ? D’écouter un messie ?

Quel est donc ce besoin ?

Celui de se rencontrer ? De sortir de chez soi ?

De la curiosité ? Un besoin de spectacle ?

Alors qu’il n’y a même rien à acheter ni à vendre ?

Quelle autre chose sommes nous venus chercher ?

C’est donc que nos vrais besoins ne sont pas seulement dans la consommation. Nous ne sommes donc pas arrivés au bout de nos rêves ! Mais alors, quelle nécessité nous a poussé à sortir ?

TOUS : Alors, nous sommes venus et nous nous sommes mobilisés !

Faut-il renvoyer tous ces gens ?

Jésus ne veut pas être seulement celui qui guérit, mais celui qui fait naître.
Mais le soir baisse et il est l’heure de renvoyer cette foule…
Il est l’heure de rentrer… Les nourrir coûterait trop cher.

Il n’y a qu’à les renvoyer chez eux !

Chacun CHEZ soi, chacun POUR soi, et Dieu pour tous. C’est la logique sociale !

Les plus malins courront dans les fermes des alentours et les autres les regarderont manger…

Et oui, c’est donc qu’il y aura toujours des pauvres parmi nous ! On finira bien par s’y habituer…

Il y a bien quelques pains, dit quelqu’un !

C’est du pain quotidien, du pain de tous les jours. Ce qu’il y a de moins cher. Le pain c’est la pauvreté ramenée à l’essentiel. Il y a bien là, 5 pains et 2 poissons, mais on ne sait pas d’où ils sortent ! Saint Jean nous dit que c’est un enfant. Quoi d’étonnant ! Les enfants sont souvent prêts à tout. Alors, redevenons comme des enfants…

Les ressources sont entre nos mains, des talents chacun en a !

Cela commence par un regard bienveillant, puis il faut de l’imagination et de l’audace pour créer de la solidarité et de l’emploi, pour le service des familles, des personnes handicapées, pour la sécurité des populations et pour une économie solidaire.

Et un peu de don de soi, car c’est même souvent jalousé, critiqué, ça coûte trop cher ! A chacun de se débrouiller !

Et pourtant, une seule chose ne se démode pas, c’est le don !

TOUS : Qu’on soit riche ou pauvre, fort ou faible, enfant ou adulte, forcément, nous donnons et recevons.

Jésus les fait asseoir sur l’herbe, en plein désert. Ils sont 5 000. En les réunissant, il en fait un peuple !

Chacun est donc tiré de son anonymat. Ce n’est plus une foule informe, ce sont des groupes ou chacun, prend visage, ou chacun peut être vu.

Chacun peut être reconnu !

Chacun peut être nommé par l’autre !

C’est la taille humaine, ce n’est plus la foule, c’est la relation, avec des noms et des visages.

TOUS : Par le pain partagé, ils sont devenus peuple. Par nos talents partagés, nous sommes devenus peuple.

Les apôtres partagent le pain. Les apôtres sont des personnes, pas des anonymes. Ce n’est pas la soupe populaire, une distribution de pain aux nécessiteux, c’est la vie qui circule comme le sang. Ce n’est pas une bonne œuvre, ni une assistance, ni un secours, c’est la liturgie d’un peuple, celle de la Responsabilité et du Don.
Le peuple s’organise comme un vivant. Jésus ne fait pas distribuer une aumône, il fait naître un peuple, les apôtres sont une présence.Le pain partagé ne fait pas seulement naître des rêves, il institue, il associe. Il constitue un peuple, avec son identité, son histoire et son organisation.
Un peuple est né : c’est le peuple du pain et du don. Et encore, il reste 12 corbeilles : de quoi continuer ! Or, c’est Jésus qui présidait le repas, c’est lui qui a béni le pain, qui l’a rompu et l’a fait distribuer…

C’est drôle, j’ai cru entendre “Ceci est mon corps” !

J’ai ressenti comme une présence !

C’est tellement fort !

L’homélie

Cette fête du don nous délivre plusieurs messages, essayons, ensemble, d’en relire quelques uns.

Ici, dans le pays de Colombey, nous sommes une terre riche en associations. Alors, beaucoup de gens ont des talents, des qualités, pour satisfaire les besoins fondamentaux de l’humanité. Nous avons dialogué avec eux hier après-midi : pêle-mêle : les pompiers, l’ESAT avec ses travailleurs, la banque alimentaire, tout ce qui tourne autour de la sécurité, de la culture sous ces deux formes et aussi la quête spirituelle, la recherche du sens. Oui, chacun de nous, dans nos différences, a des talents. C’est ce que nous chrétiens nous appelons : « la Foi en l’homme ». Et, si ce talent n’est pas donné, n’est pas offert, il est perdu pour la communauté.

Cette découverte, redécouverte nous lance un défi, un appel à continuer à nous connaître, à nous apprécier mutuellement et donc, à continuer de travailler ensemble dans le respect de nos différences et complémentarités. Continuons à vivre cette solidarité, cette synergie : mettre nos forces ensemble pour que notre coin de terre continue de s’ouvrir à l’avenir. Dans d’autres mots, c’est le développement local. Oui, nous habitons sur une même terre. Alors, ensemble semons des graines d’avenir. Continuons d‘être solidaire et non solitaire. Soyons le en paroisse, mais aussi en secteur toulois et plus largement encore avec les autres pays du monde, y compris avec les réfugiés.

Cette fête met en valeur le Don. Et du plus petit au plus grand, chacun a quelque chose à donner et à recevoir ! Osons la relation humaine ! Elle construit l’homme, et l’homme construit la société. Nous comprenons alors l’impérieuse nécessité de rencontres telles que celles d’hier et d’aujourd’hui.

Pourquoi la paroisse s’est elle lancée dans cette aventure ? Parce qu’elle a ressenti le besoin de relations humaines vécues par chaque association, plus de 150 contactées sur le coin, et une bonne trentaine présente hier. Les chrétiens croient que l’avenir ne se fera pas sans ces relations humaines. L’homme est au départ et à l’aboutissement de la démarche. L’Eglise n’a pas vocation d’aménager le territoire, mais elle essaie de lui donner une âme en convoquant toutes les énergies sans distinction de religion, de politique ou de philosophie. Traduit dans le langage biblique, cela devient : « aimez-vous les uns les autres » ! Et nous venons de l’entendre par la bouche de St Pierre : « pratiquez l’hospitalité » et un peu plus loin dans le texte : « Mettez vous chacun selon le don qu’il a reçu au service les uns des autres ». Ou encore St Jacques nous disant : « tu as la Foi où sont tes œuvres » ?

Enfin, dans un monde où règne la sinistrose, il nous faut résister et favoriser des processus de confiance qui engendre des dynamismes nouveaux locaux et internationaux !

Ces deux jours, plus les multiples soirées nous donnent beaucoup de joie, j’espère, car ils arrosent ce qui avait été semé par divers acteurs de notre territoire chrétiens ou non. Ces multiples heures ou journées données nous font contribuer à construire cette terre nouvelle et ces cieux nouveaux !

Avant l’envoi

Intervenant 1   Intervenant 2
Intervenant 3   Intervenant 4
(Echange inspiré de Jean Debruynne)


Le vrai miracle !

Un peuple est né c’est le peuple du pain ! Et le partage est fait…

Il reste encore 12 couffins, remplis à déborder !

12 paniers, plein de possibles et chargés d’avenir :

Ils n’ont rien acheté et tout est partagé !

Toute communion est donc désormais multiplication… Le vrai miracle n’est-il pas de donner à chacun son pain quotidien ?
Mais le miracle est peut-être aussi ailleurs… La vraie multiplication n’est peut-être pas celle des pains mais celle des apôtres. Ils n’étaient qu’un petit reste, maigre débris des 12 tribus, 12 va-nu-pieds, la tête dans les nuages. Ils n’étaient que 12, ils sont un peuple !

Je ne peux moi-même me servir de ce pain sans me mettre moi-même en état de servir !

Le service de Dieu devient donc aussi le service de l’homme !

TOUS :
Hier, les apôtres étaient semences.  Aujourd’hui, nous sommes semences !
Nous sommes le peuple du partage…